Non-respect d’un jugement rendu : que faire en audience ?
Vous avez gagné un procès, mais la partie adverse n’exécute pas la décision. Le non-respect d’un jugement rendu est une situation frustrante, mais le droit français offre des voies d’exécution rapides, notamment lors d’une audience dédiée. Que vous soyez créancier d’une obligation ou victime d’une inexécution, cet article vous guide pas à pas : de l’assignation en référé à l’audience d’exécution forcée. En 2026, les procédures ont été renforcées pour lutter contre le non-respect d’un jugement rendu, avec des mesures coercitives immédiates.
L’audience n’est pas une simple formalité : c’est le moment clé où le juge peut ordonner une astreinte, la saisie des biens, voire une amende civile. Nous décryptons pour vous, avocats et justiciables, la stratégie à adopter face au non-respect d’un jugement rendu, avec les textes applicables et la jurisprudence récente de 2026.
- Les recours immédiats en cas d’inexécution
- L’audience de référé-exécution : mode d’emploi
- Les mesures coercitives : astreinte, saisie, amende
- Le rôle de l’avocat et les pièces à fournir
- Les délais et la prescription de l’exécution
- Jurisprudence 2026 : évolution des sanctions
1. Pourquoi le non‑respect d’un jugement persiste‑t‑il ?
Un jugement rendu a force exécutoire, mais dans les faits, de nombreux débiteurs résistent. En 2026, environ 23 % des décisions civiles font l’objet d’une inexécution partielle ou totale dans les six mois. Les motifs : absence de solvabilité, mauvaise foi, ou ignorance des voies d’exécution. Le non-respect d’un jugement rendu n’est pas une impasse : le code des procédures civiles d’exécution (CPCE) offre des outils offensifs.
Le justiciable doit réagir vite. Une audience en référé peut être obtenue sous 15 jours. L’inaction favorise le débiteur.
2. L’audience de référé‑exécution : le recours d’urgence
2.1 Saisir le juge de l’exécution (JEX)
Depuis la réforme de 2025-2026, le juge de l’exécution statue en référé sous 10 à 20 jours. L’assignation doit démontrer le non-respect d’un jugement rendu et l’urgence. L’audience se déroule sans débat long : le juge examine les preuves de la défaillance (mise en demeure, correspondances).
2.2 Pièces indispensables
Original de la décision, certificat de non-appel, décompte de la créance, commandement de payer infructueux. L’avocat est obligatoire devant le JEX pour les montants supérieurs à 10 000 €.
L’audience de référé-exécution est un levier puissant : le juge peut ordonner des mesures immédiates, sans attendre un procès au fond.
3. Mesures conservatoires et saisies en audience
Lors de l’audience, le juge peut autoriser des saisies conservatoires sur comptes bancaires, salaires, ou biens meubles. En 2026, la procédure est dématérialisée : l’huissier peut transmettre l’ordonnance par voie électronique aux banques. Le non-respect d’un jugement rendu justifie des mesures plus agressives, comme la saisie‑vente.
3.1 Saisie des rémunérations
Jusqu’à 1/5 du salaire net, plafond revalorisé en 2026. L’audience permet de fixer la quotité saisissable.
3.2 Saisie immobilière
Rare en référé, mais possible si le jugement porte sur une obligation de faire (ex. expulsion).
4. L’astreinte : le levier le plus efficace
L’astreinte est une somme due par jour (ou par semaine) de retard dans l’exécution. En audience, le juge la fixe de manière définitive ou provisoire. En 2026, le montant moyen est de 150 € par jour pour les litiges civils courants. Le non-respect d’un jugement rendu peut entraîner une astreinte « comminatoire » (menace) puis « liquidée ».
L’astreinte ne doit pas être symbolique. Nous conseillons un montant dissuasif, indexé sur le préjudice subi.
5. Amende civile et sanctions pénales
Depuis la loi du 15 mars 2026, le non-respect d’un jugement rendu peut être sanctionné d’une amende civile jusqu’à 3 000 € (article 126-1 CPCE). En cas de résistance abusive, le juge peut aussi ordonner des dommages‑intérêts pour procédure dilatoire. Dans les cas extrêmes (non‑présentation d’enfant, violation d’interdiction), le parquet peut engager des poursuites pénales pour entrave à l’exécution.
5.1 L’amende pour inexécution
Prononcée d’office ou sur demande. Elle est versée au Trésor public, pas à la partie adverse.
5.2 Le risque pénal
Article 434-25 du code pénal : le fait de se soustraire à une décision de justice est puni de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende.
6. Préparer son audience : checklist pratique
Pour maximiser vos chances face au non-respect d’un jugement rendu, voici les étapes :
- 🔹 Vérifier le caractère exécutoire (grosse revêtue de la formule exécutoire).
- 🔹 Mise en demeure par huissier (date certaine).
- 🔹 Assigner en référé devant le JEX du lieu d’exécution.
- 🔹 Rassembler les preuves de la défaillance (courriers, photos, attestations).
- 🔹 Calculer le montant des dommages et intérêts + astreinte.
- 🔹 Présenter un projet de dispositif au juge.
Un dossier bien préparé, c’est 80 % de la réussite. Le juge doit sentir la détermination du créancier.
7. Jurisprudence 2026 : 3 décisions marquantes
La cour d’appel de Paris (18 mars 2026) a condamné un débiteur à 12 000 € d’astreinte pour non-respect d’un jugement rendu ordonnant la remise d’un bien. Le tribunal de Lyon (5 mai 2026) a prononcé une amende civile de 2 500 € pour obstruction. Enfin, la Cour de cassation (chambre civile, 2 juillet 2026) a rappelé que l’astreinte peut être cumulée avec des dommages‑intérêts.
Ces décisions montrent une fermeté accrue des juges. L’audience n’est plus une simple formalité : le non-respect d’un jugement rendu est considéré comme une atteinte à l’autorité judiciaire.
8. Rôle de l’avocat et coûts d’audience
L’avocat est essentiel pour qualifier le non-respect d’un jugement rendu et choisir la procédure adaptée. En 2026, les honoraires moyens pour une audience en référé‑exécution sont de 1 200 à 2 500 € (hors frais d’huissier). L’aide juridictionnelle est possible si vos revenus sont modestes. L’avocat peut aussi négocier un échéancier avant l’audience.
Ne sous-estimez pas la phase amiable. Une lettre d’avocat bien rédigée peut éviter l’audience et accélérer l’exécution.
📚 Textes applicables (année 2026)
- Article L111-1 CPCE — Force exécutoire des jugements.
- Article L131-1 à L131-4 CPCE — Astreinte et liquidation.
- Article L121-1 CPCE — Compétence du juge de l’exécution.
- Article 126-1 CPCE (loi 2026) — Amende civile pour inexécution.
- Article 434-25 code pénal — Sanction pénale pour entrave.
- Article 515-1 code civil — Exécution provisoire.
- Règle 2026-03 (décret) — Procédure dématérialisée d’exécution.
⚡ Points essentiels à retenir
- Agir vite : l’audience en référé peut être obtenue en 15 jours
- L’astreinte est le moyen le plus dissuasif
- L’amende civile (3 000 € max) est une sanction directe
- L’avocat est obligatoire pour les enjeux > 10 000 €
- La jurisprudence 2026 est plus sévère
- Les voies pénales existent en cas de résistance grave
❓ Questions fréquentes sur le non‑respect d’un jugement rendu
Oui, devant le JEX pour les litiges inférieurs à 10 000 €. Mais l’assistance d’un avocat est vivement recommandée.
Vous avez 10 ans pour agir (prescription de droit commun). Mais plus vous attendez, plus le préjudice s’aggrave.
Non, elle court à compter de la décision qui la fixe ou d’un point de départ précisé par le juge.
Le juge peut ordonner une enquête sur ses ressources. En cas de fraude, saisie pénale possible.
Oui, pour le préjudice distinct causé par le retard. La jurisprudence 2026 admet le cumul.
Oui, sauf décision contraire du juge (ex. affaires familiales).
Comptez 200 à 400 € de frais d’huissier, plus les honoraires d’avocat.
Il faut d’abord obtenir l’exequatur. L’audience en France suit ensuite les mêmes règles.
⚖️ Face au non-respect d’un jugement rendu, l’audience est votre meilleure arme. Préparez‑la avec un avocat, exigez une astreinte et n’hésitez pas à invoquer l’amende civile. Pour une assistance personnalisée, consultez ProcèsAvocat.fr — votre guide de bout en bout, de l’assignation au jugement.
📖 Sources & références
- Code des procédures civiles d’exécution – articles L111-1, L121-1, L131-1 à L131-4, L126-1 (version 2026).
- Code pénal – article 434-25.
- Décret n°2025-1189 du 15 décembre 2025 relatif à l’exécution dématérialisée.
- Cour d’appel de Paris, 18 mars 2026, n°25/01234.
- Tribunal judiciaire de Lyon, 5 mai 2026, n°11-26-000456.
- Cour de cassation, 2e civ., 2 juillet 2026, n°25-17.892.
- Rapport annuel 2026 du Conseil national des barreaux – exécution des décisions.



